Skip to content

Association Projets Mongolie

  • Increase font size
  • Decrease font size
  • Default font size
Accueil Projets Eleveurs Le récit d'Antoine Di Nota
Le récit d'Antoine Di Nota PDF Imprimer Envoyer
Jeudi, 25 Février 2010 20:32

Antoine Di Nota est allé en Mongolie pour filmer le retour à la steppe d'une famille en juillet 2009, lisez son récit. Bientôt nous pourrons visualiser son film.

Lors de mon voyage en Mongolie en 2008, j’ai pu rencontrer bon nombre de familles d’éleveurs dans les campagnes. J’ai vécu plusieurs mois à Ulan Baator où j’ai côtoyé la misère de près, j’ai décidé dans le train du retour que j'allais agir, mettant enfin un sens à la pratique de l'entraide.

J’ai décidé d'aider les familles d'anciens éleveurs nomades ayant perdu leur troupeau, à cause d’un climat peu clément, obligés de venir vivre dans les quartiers de yourtes de la capitale Ulan Baator, à pouvoir repartir vivre dans la steppe. Le concept de mon projet était en réalisant un reportage sur ce problème et sur l’action du retour, de rendre plus fructueuse la recherche de partenaires et sensibiliser le public à la vie des Mongoles, par le biais par exemple, de vidéos conférences.

N'ayant à l'époque aucune connaissance en terme de réinsertion d'une famille, j'ai contacté puis rencontré l'association « Projet Mongolie France » afin d'en apprendre plus sur leurs actions et comment mener la mienne à bien.

L'association m'a accordé sa confiance et organisé un retour à la steppe. Tout a été très vite. Le partenaire de « Projet Mongolie France » « Huuhed Manai Ireedui » a fait circuler l’information dans les quartiers de yourtes, puis un des membres du bureau s’est rendu en Mongolie pour rencontrer la première famille qui avait répondu à l'annonce.

Au mois de juin accompagné d'un ami, ce fut à mon tour de rouler vers Ulan Baator, muni de ma caméra.

A l’arrivée en gare, Zolmaa, membre de l’association mongole m'attendait sur le quai. Dans l'après-midi, nous sommes allés ensemble dans les quartiers de yourtes pour être présentés à la famille. Deux jours plus tard, le mardi étant un jour où les nomades ne prennent aucune décision, nous avons démonté la yourte pour la charger sur un camion et nous avons pris la route. Je revois encore les larmes couler sur le visage de la mère en sortant des quartiers avec sa famille. Sa gorge se nouait, son cauchemar se terminait.

La caravane se composait de la mère, du père,  de deux filles et deux fils, deux membres mongols de l’association, d’une interprète, de mon cadreur et de moi-même. Dans un autre véhicule, la yourte. D'abord une halte au marché au voleur pour y trouver un panneau solaire. Enfin nous avons roulé une dizaine d'heures en direction de l’endroit où avait vécu la famille  six ans auparavant, dans l 'Arkhangaï, au beau milieu d’une petite vallée possédant un puits et à vingt kilomètres d'Ulzit, un village où les membres de la famille pourront se ravitailler des quelques éléments qu’ils ne peuvent fabriquer eux-mêmes.

Nous sommes arrivés à la nuit, après les retrouvailles avec leur famille, nous avons déchargé la yourte que nous avons tous ensemble installée le lendemain matin.

Il ne faisait pas beau, mais la joie et l’excitation se voyaient sur tous les visages. Pour la famille c'est une nouvelle vie qui recommençait et pour moi une expérience hors du commun.

Durant la première semaine, l’objectif a été de reconstituer un troupeau. A Ulzit, nous avons d'abord trouvé dix moutons et dix agneaux puis une vache et son veau. Il manquait trois vaches et leurs veaux que nous avons pu trouver chez un éleveur de la région. Il a parcouru trente kilomètres pour nous les apporter. Deux juments avec leurs poulains puis deux étalons son venu compléter le troupeau.

Petit à petit, les membres de la famille renouaient avec ce mode de vie. Jour après jour chacun s'affairait de nouveau à sa tache. Chaque matin et soir, la mère et les deux filles effectuaient la traite des brebis, des vaches et des juments. Elles préparaient ainsi divers fromages en fonction des mélanges et des macérations. Elles préparaient les repas et le thé salé au lait.

Le père un peu âgé veillait au bon déroulement des choses pendant que ses deux fils  s'occupaient de faire paître le bétail et de le rassembler le soir venu. Ils s'occupaient également de construire des enclos, de dresser les chevaux ou encore d'entretenir le puits.

Dans peu de temps, la production de fromage et la multiplication de leur bétail leur permettront avec leur revente d’acheter de la farine, du sucre ou encore des légumes... La plus jeune fille de douze ans retournera à l’école dans le village proche, la plus grande de vingt deux ans étudiera à Ulan Baator, les deux fils de vingt trois et vingt sept ans resteront vivre au camp.

Je suis resté trois semaines avec la famille; chaque semaine je retournais à la ville pour recharger les batteries de la caméra et me ravitailler en cassettes. A chaque retour, je croisais une ou deux familles et leur yourte en direction de la capitale. Une chute de neige inattendue en plein mois de juin avait encore décimé leur bétail.

Il y a toujours eu des catastrophes climatiques et c'est bien là la grande difficulté de ce mode de vie qui a évolué pendant près de 3000 ans, pourtant, encore aujourd'hui des personnes moins assoiffées de consommation et de superflu veulent continuer à vivre ainsi. Certains diront "que vaut ce geste humanitaire contre la modernisation ?", que l'investissement effectué ne peut rien contre le risque climatique; mais dans la vallée d'Ulzit à mon départ, le lait fermentait, le fromage masserait, brebis, vaches et chevaux broutaient et le père souriait.

Antoine Di Nota - Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Mis à jour ( Mardi, 16 Mars 2010 00:42 )